Le Caravage, de son vrai nom Michelangelo Merisi, naît à Milan en 1571. Très tôt orphelin de père à la suite de l’épidémie de peste, il grandit au sein d’une famille aisée.

Il entre en 1584 en apprentissage auprès du peintre Simone Peterzano à Milan puis, en 1592, il part pour Rome et rejoint l’atelier du peintre Guiseppe Cesari. Son style se révèle et son talent se fait vite remarquer.
Dans ses scènes présentant des personnages mythologiques, religieux ou traditionnels, il s’écarte également de la manière de la Renaissance en les représentant sous l’apparence de personnages réels, tels qu’il les rencontre dans son quotidien : sans aucune idéalisation, souvent vêtus de façon contemporaine et suggérant des traits de caractère appartenant plus au modèle qu’au personnage représenté.
A partir de 1600 , il peint ses plus grands chefs-d’œuvre et commence à connaître la célébrité mais son caractère agressif et coléreux finit par jouer en sa défaveur. Caravage est un homme violent qui se bat régulièrement, séjourne quelquefois en prison, et va même jusqu’à tuer. Il aime s’habiller à la manière des riches, et même si ses vêtements sont déchirés cela ne fait qu’ajouter à son goût de l’exubérance et de la provocation.

Contraint de partir de Rome pour fuir des représailles à la suite d’un meurtre en 1606, il mène alors une vie d’errance. Il se réfugie à Naples où il continue à peindre pour des commanditaires privés.
Il part ensuite à Malte en 1608 où le Grand Maître de l’Ordre de Malte le fait Chevalier en hommage à son talent. Il en est vite renvoyé, en raison d’une altercation grave avec l’un des membres de l’Ordre. Il s’évade de prison et part pour la Sicile jusqu’en 1609. Il décide ensuite de revenir en Italie où le Pape aurait abandonné les poursuites à son égard et lui aurait pardonné.
C’est sur le chemin du retour, en Toscane, qu’il trouve la mort à l’âge de 39 ans dans des circonstances mal connues. En 2010, ses restes auraient été retrouvés dans l’ossuaire d’une église de Porto Ercole, et identifiés grâce à des analyses au carbone 14 avec une probabilité de 85 %. Atteint d’une intoxication chronique au plomb ainsi que de la syphilis, le peintre serait mort d’un état de faiblesse générale et d’un coup de chaleur.

Caravage a peint deux versions du Repas à Emmaüs. Mais, de 1601 à 1606, d’une toile à l’autre, l’atmosphère change radicalement, basculant de la lumière à la pénombre, de l’exubérance à la sobriété. La confrontation de ces deux tableaux montre le brutal revirement stylistique qu’opère Caravage les quatre dernières années de sa vie.

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Le Caravage, 1601-1602,Le souper à Emmaüs,National Gallery Londres

Seules cinq années séparent les deux versions du Repas à Emmaüs. Emmaüs est un lieu-dit proche de Jérusalem.Le Christ qui vient de ressusciter le matin de Pâques après sa crucifixion et sa mise au tombeau apparaît sur la route d’Emmaüs à deux disciples qui désespérés de sa mort fuient Jérusalem. Les deux disciples lui offrent l’hospitalité sans le reconnaître : « Il prit le pain, prononça la bénédiction et le leur donna ». Alors les deux disciples ont la révélation de son identité.

Exécutée à Rome en 1601, la première version se caractérise par un réalisme tellement saisissant que le spectateur a l’impression de participer à la scène.La lumière est un des acteurs essentiels de ce tableau.. La stupéfaction se lit sur les visages et dans les attitudes des pèlerins et de l’aubergiste venu les rejoindre. Et elle devient communicative. Sous l’effet de la surprise, l’un des disciples empoigne son fauteuil.

La tonalité  est complétement changée pour le second tableau, peint en 1606, après que Caravage a fui Rome.Ce tableau a été peint par le Caravage lors de son séjour à Palestrina ou Zagarolo dans un des palais de la famille Colonna où il avait trouvé refuge à la suite de l’homicide qu’il a commis. Cette fois, la scène est plongée dans la pénombre. Les personnages  regroupés autour d’un humble repas ont l’air affligé. De leurs visages, qui seuls émergent de l’obscurité ambiante, jaillit l’émotion. Chacun fixe le Christ, d’un regard chargé de compassion. De ses années de cavale, Caravage parlera comme d’une période de «douloureuse solitude».

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Le Caravage,1606, Le souper à Emmaüs,Académie des beaux-arts de Brera, Milan

Catégories : HistoirePeinture

2 commentaires

Philippe Rabate · 20 mars 2016 à 12:33

Très belle chronique, Michel. On dit aussi que ces deux tableaux de Caravage ont influencé Velazquez dans sa représentation des sujets religieux. Un abrazo Phil

    Michel Bois · 21 mars 2016 à 16:29

    merci Phil de ce commentaire et de ton avis éclairé.
    amitiés

    Michel Bois

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