Poupe de navire aquarelle Michel Bois

L’Hôtel de la Bourse est un bâtiment édifié en 1760 pour recevoir la Chambre de Commerce, institution créée par Louis XIV en 1700. Le roi souhaitait faciliter les échanges entre négociants et avoir leur avis sur les décisions pour développer le commerce. Les négociants et armateurs se réunissaient déjà à La Rochelle depuis le XVIe siècle dans la rue ou dans une salle louée à un cafetier pour discuter des transactions et des affrètements. Les navires de La Rochelle commerçaient à ce moment essentiellement avec les colonies françaises d’Amérique, des Antilles au Canada, pour l’importation de sucre, tabac et peaux.

La Bourse de La Rochelle (Hôtel de Commerce) musées d’art et d’histoire de La Rochelle

La construction de l’Hôtel dessiné par un ingénieur des Ponts et Chaussées, Pierre Hüe,débute en 1760. La première phase des travaux dure 5 ans. L’hôtel se compose d’un corps de bâtiment sur la rue du Palais et de deux ailes latérales encadrant une cour : l’aile gauche est destinée à la Chambre de Commerce, l’aile droite au Tribunal de Commerce. Le principe des porches et galeries ouvertes est largement utilisé permettant aux marchands de circuler librement et de traiter leurs affaires. La vocation de cet hôtel, construit par et pour des négociants-armateurs est clairement évoqué dans les sculptures de la façade côté cour : elles représentent les instruments de navigation et deux poupes de navires finement sculptées.

 Entre 1784 et 1786, un agrandissement est réalisé prolongeant les deux ailes latérales jusqu’à la rue Admyrault. Un péristyle, à la mode parisienne, relie alors avec élégance les deux corps de bâtiments et sépare la cour du jardin.

Parmi les artistes qui ont participé à la décoration de cet hôtel figure le sculpteur Pierre-Noël Levasseur.Né à Quebec en 1719,il arrive à l’arsenal de Rochefort en 1743 pour perfectionner son art.Il travaille pour le compte de la Marine jusque vers 1760 avant de se mettre à son propre compte.C’est ainsi qu’il réalise,entre 1763 et 1769,les décors sculptés-en hauts et bas-reliefs-de la façade sur cour,notamment les trophées,écussons et poupes de navires qui sont encore visibles aujourd’hui.

La Rochelle connaît alors la période la plus prospère de son histoire. De 1718 à 1751, la flotte passe de 52 à 118 navires qui fréquentent principalement Saint-Domingue, la Louisiane et surtout le Canada. Outre le commerce des produits coloniaux (sucre, indigo, tabacs etc..), la ville tire surtout profit de l’importation des pelleteries d’Amérique du Nord. La Rochelle a une place importante en Europe grâce à la réexpédition des produits coloniaux et à l’exportation de la seule vraie richesse de son terroir, les eaux de vie. Mais la guerre de sept ans avec l’Angleterre (1756 – 1763) porte un coup fatal à son commerce.

La Chambre de Commerce présente en 1761 un célèbre mémoire au ministre Choiseul sur les conséquences dramatiques pour la France et en particulier pour la Rochelle de la cession du Canada à l’Angleterre (1763). En dépit de cette perte inestimable, le commerce rochelais trouve dans la traite des noirs, commencée vers 1740, une autre source de profits devenant après Nantes et Bordeaux le troisième port négrier français. Enfin, le  commerce du café (à partir de 1770) permet aux négociants de vivre la dernière grande époque économique de la ville.

le port de La Rochelle 2ème moitié du XVIIIe siècle gravure d’après Joseph Vernet

Bien plus que la révolution française, c’est la révolte des noirs à Saint-Domingue et la perte de la plus importante et de la plus riche colonie des Antilles en 1791 qui ruinent les armateurs rochelais. Nombreux y avaient investi leurs capitaux. La même année, l’Assemblée Constituante supprime les Chambres de Commerce en même temps qu’elle abolit les corporations.


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