Dans le Dictionnaire Philatélique et Postal,une lettre  purifiée est définie comme suit :  se dit d’une lettre en provenance d’une région touchée par une épidémie (peste, choléra, etc.) et qui a subi un traitement spécifique de désinfection (fumigations, vinaigre, etc.). Les lettres purifiées datent généralement des XVIIIème et XIXème siècles . Il existe des synonymes comme  désinfectée  ou  parfumée . Les anglo-saxons désignent fréquemment sous le nom de choleraletters  les lettres purifiées au moment des épidémies de choléra, en particulier celle de 1826-1837.
Ces lettres comportent des  marques de désinfection également définies dans le même ouvrage :  Les marques de purification que nous pouvons trouver sur les lettres sont de deux natures bien différentes. Il peut s’agir de :
1) traces laissées par les différents procédés de purification utilisés autrefois, par exemple : perforations, incisions du papier en vue de fumigations, décoloration du papier par immersion dans le vinaigre. Ces désinfections étaient pratiquées dans des établissements sanitaires appelés lazarets qui, en France, étaient généralement placés dans les ports, le plus souvent en Méditerranée.
2) marques en principe administratives attestant que la purification a bien été faite : ce sont aussi bien des mentions manuscrites que des empreintes de timbres très divers .
A l’aide d’exemples, cette présentation a pour but de fournir quelques repères simples sur les méthodes et les marques de désinfection utilisées en France, des origines jusqu’à la fin du XIXème siècle, et de les comparer aux pratiques utilisées dans les pays voisins, en particulier dans les États italiens.

 Guy Dutau

DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE ILLUSTRÉ de L’ACADÉMIE DE PHILATÉLIE

 

 

 

Voici un exemple de lettre purifiée avec son contenu relatif à des opérations commerciales(marque de perforation au dessus du D de Dobrée):

 

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Cette correspondance, partie le 15 novembre 1814 de Lisbonne pour Nantes via Bayonne où vraisemblablement elle a été purifiée, est intéressante à ce titre mais aussi par la personnalité de son destinataire:Thomas Dobrée.

Thomas Dobrée, né le 6 avril 1781 et mort le 15 décembre 1828 à Nantes en France, est un armateur et industriel. Son fils, Jean Frédéric Thomas Dobrée, étant également appelé par usage Thomas Dobrée, les formes « Thomas I Dobrée » et « Thomas II Dobrée » sont parfois employées pour les distinguer.

Originaires de Normandie, mais établis depuis le XVIe siècle à Guernesey, les Dobrée sont une famille protestante qui a participé pendant trois générations à la vie économique et politique de la ville d’adoption.
Pierre Frédéric, s’établit à Nantes au cours du XVIIIe siècle et y exerce une activité d’armateur. Il est le négociant des lumières qui a lancé l’affaire familiale.
Thomas, fils de Pierre Frédéric Dobrée et de Marie Rose Schweighauser, est aussi armateur, mais il diversifie l’activité de sa maison, qu’il va faire grandir grâce à ses talents d’entrepreneur et d’innovateur.
Le 2 avril 1808, séjournant à Hambourg, il épouse Frédérique Möller, née à Nantes en 17886, dont il a un enfant en 1810 : Jean Frédéric Thomas, généralement désigné simplement comme « Thomas ».
Dans les années 1810, il est un promoteur de l’activité baleinière à Nantes.
Il est à noter qu’il ne pratique pas la traite des Noirs, activité déclarée illégale assez vite après la chute de Napoléon, mais que nombre d’armateurs nantais poursuivent jusque dans les années 1830. On a de lui une lettre écrite en 1814 (donc avant l’interdiction) sur ce sujet. Il y développe successivement : les faits qui rendent la traite attractive ; les arguments qui vont totalement à son encontre ; les arguments qui visent à démontrer que la traite est un moindre mal. Il se dit hésitant sur la conduite à adopter et sollicite l’avis de son correspondant. En fin de compte, il ne s’y est pas engagé, et même, il va entrer dans le mouvement abolitionniste en devenant membre de la Société de la morale chrétienne, créée au début des années 1820 en Angleterre, puis en France. Mais sa position ne reflète pas celle des négociants nantais de la Restauration.
Il se consacre aussi au développement de l’industrie : en particulier, il joue un rôle important dans les premiers temps des forges de Basse-Indre, en liaison avec des investisseurs britanniques. Il n’est pas présent dès la fondation en 1820, mais intervient dès 1823, avec l’aide du banquier Goüin, alors que l’usine est encore en construction, et devient l’élément central de la Société des Forges de Basse-Indre, créée en 1825 suite aux difficultés de la première société. Il est probable que son décès prématuré en 1828 contribue à l’échec (provisoire) de l’entreprise en 1829.
Il meurt à 47 ans à son domicile situé au n°1 de la place Graslin ; son épouse 30 ans plus tard.

Portrait de Thomas Dobrée réalisé en 1807 par François Sablet (musée Dobrée)

Son fils ,Thomas Dobrée, né le 31 août 1810 à Nantes et mort le 3 octobre 1895 à Nantes, est un collectionneur à l’origine du musée départemental Thomas-Dobrée.(actuellement fermé pour travaux).

 


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