Spécialiste des forêts tropicales, initiateur du « radeau des cimes » et auteur de nombreux ouvrages, Francis Hallé, botaniste et biologiste, participe à l’exposition « Nous les arbres » de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Il défend la nécessité, pour l’humanité, de préserver un bien collectif dont la destruction est aussi un génocide des populations autochtones.

https://www.fondationcartier.com/expositions/nous-les-arbres

 

Francis Hallé reprend ainsi les recherches et la démarche conciliatrice de Peter Wohlleben,ingénieur forestier et écrivain allemand né en 1964 à Bonn ,qui nous apprend comment s’organise la société des arbres. Les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les parents vivent avec leurs enfants, et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau Internet végétal, leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans…(La vie secrète des arbres,éditions les Arènes 2017)

Platanes,aquarelle Michel Bois

Le Monde 13 juillet 2019 ,Pierre Le Hir:
Pendant longtemps, les scientifiques ont surtout étudié le règne animal, alors même que les végétaux représentent 99 % de la biomasse, c’est-à-dire de la vie présente sur Terre. Pourquoi ?

 Francis Hallé:Il y a un coupable : les Grecs anciens, Aristote, Platon et les autres… Ils ont établi une hiérarchie entre les formes de vie, avec l’homme au sommet, en dessous les animaux, en dessous encore les plantes et en bas les pierres. Comme les plantes ne bougent pas et qu’elles ne font pas de bruit, ils en ont déduit que c’était une forme de vie sans intérêt. Cet héritage intellectuel est resté très prégnant.

Les connaissances sur la biologie végétale, notamment sur les étonnantes facultés des arbres à communiquer entre eux, ont pourtant considérablement progressé…

F H:Depuis une petite vingtaine d’années en effet, nous assistons, dans le monde entier, à une avalanche de résultats passionnants sur les plantes en général et les arbres en particulier. La communication entre les arbres en est un exemple. Elle se fait d’une quantité de manières différentes. La première à avoir été mise en évidence est l’émission de molécules volatiles – des parfums – en réaction à un stress ou à une blessure : portées par le vent, ces molécules arrivent sur les autres arbres de la même espèce et les avertissent d’un danger.

Parmi les découvertes figure aussi la longévité des arbres. Nous en sommes parvenus à l’idée qu’il existe des arbres potentiellement immortels. Cette faculté est liée au fait que les arbres sont des êtres collectifs formant une colonie, et qu’une colonie peut être immortelle même si ses individus constitutifs disparaissent, comme c’est aussi le cas pour les polypes des récifs de corail.

Peut-être aurait-il fallu commencer par cette question : qu’est-ce qu’un arbre ?

FH:J’ai renoncé à en donner une définition. J’en ai proposé de multiples et, à chaque fois, je suis tombé sur une exception qui les mettait à bas. Certains prennent comme critère la hauteur d’une espèce végétale, mais j’ai découvert, en Afrique du Sud, des arbres aux troncs et aux branches souterrains… Nous connaissons aujourd’hui environ 100 000 espèces d’arbres, mais, chaque année, une centaine de nouvelles sont décrites.

Je préfère mettre en avant des caractéristiques qui, à mes yeux, comptent parmi les plus grandes qualités des arbres et nous donnent une leçon de vie. D’abord, ils sont d’une très grande discrétion. Ce ne sont pas des grandes gueules. Ensuite, ils sont d’une totale non-violence, à la différence de l’être humain. Au sein de la colonie, ils veillent même les uns sur les autres.

dessin Michel Bois

Catégories : Nature

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