L’instant et le temps

Dans le tableau du Caravage(1571-1610),Le Garçon mordu par un lézard ,l’instant, dans ce qu’il a de plus démonstratif, est représenté ici. L’émotion est saisie dans son moment le plus intense, mélange de douleur et de frayeur. On dirait un instantané photographique avant l’heure !

Le tableau figure un garçon surpris par la morsure à un doigt d’un lézard qui sort d’un bouquet où il était caché, sur la droite de la toile. Le garçon est présenté de près, à mi-corps, dans une lumière donnant une image contrastée.

La nature morte d’où sort le lézard, avec ses feuilles, fleurs et fruits et un vase où l’on distingue le reflet d’une pièce avec une fenêtre est particulièrement réaliste, comme l’est l’expression du personnage criant.

Ainsi, Caravage avait introduit l’instant en peinture et l’image d’une nouvelle manière d’exister, une existence moderne, existentielle, la représentation d’une fraction de vie.

Le Déjeuner dans l’atelier est un tableau réalisé par Édouard Manet en 1868 et présenté au Salon de Paris de 1869.

Edouard Manet,le déjeuner dans l’atelier 1968

La toile a été réalisée à l’appartement familial de Boulogne-sur-Mer, où les Manet passaient l’été. Le tableau résume parfaitement l’œuvre de Manet en ce qu’elle a parfois de bizarre ou d’absurde grâce à un rassemblement d’éléments totalement hétéroclites : trois personnages indifférents les uns aux autres, un repas mêlant huîtres et café, des armes et des accessoires de combat, sans oublier bien sûr la présence de l’incontournable chat noir, qui, depuis Olympia, symbolise Manet aux yeux des critiques.

La scène est silencieuse et passablement étrange. Pourquoi les hommes portent-ils encore des chapeaux à la fin du repas? A quoi servent les armes entreposées en bas à gauche? Pourquoi reste-t-il des huîtres sur la table au moment du café? Et pourquoi ces objets d’antiquité sur une des chaises? Se trouve-t-on vraiment dans l’atelier d’un artiste, ou dans un café ou un restaurant comme le suggère, paraît-il, le tableau visionné aux rayons X?

Le jeune homme rêveur au premier plan, Léon Leenhoff, était peut-être le fils biologique de Manet, à moins qu’il n’ait été son demi-frère (car avant de se marier avec lui, son épouse Suzanne, ancienne professeur de piano, a peut-être eu des relations avec son père). L’autre homme au fond à droite était un peintre ami de la famille (Auguste Rousselin). Derrière eux, un personnage féminin (probablement une servante apportant une cafetière ou une théière) nous observe frontalement. Les deux hommes, plongés dans leurs pensées, ne s’occupent ni d’elle, ni de nous – un dispositif qui n’est pas sans rappeler le groupe de trois personnages du Déjeuner sur l’herbe, peint cinq ans auparavant.

Il faut supposer que ce tableau ne contient aucun mystère ni intention particulière. On est à la fin du déjeuner, dans un moment creux,où le temps s’étire, chaque personnage est dans sa bulle.

 Ces deux tableaux paraissent être un bon exemple de l’introduction de la temporalité en peinture.

 

Catégories : Peinture

1 commentaire

Catherine Dorochenko · 11 août 2018 à 20:36

Très intéressanr Michel….Merci!

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