aquarelle Michel Bois 35×28 cm

Orhan Veli est né à Istanbul en 1914.Il y passe son enfance et partage sa vie entre Ankara et Istanbul.Avec ses compagnons du lycée de Galatasaray,les poètes Oktay Rifat et Melih Cevdet Anday, ils développent leurs réflexions sur l’art et la littérature et font paraître leurs poèmes dans des revues littéraires. Orhan Veli traduit Molière,Musset,les fables de La Fontaine et publie à Ankara une revue Yaprak(Feuille) qui paraîtra jusqu’en 1950.Sa mort la même année,suscite une profonde émotion dans le pays.

J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
D’abord,une brise légère
doucement,tout doucement se balancent
les feuilles sur les arbres
dans le lointain ,tout au loin
les cloches obstinées des porteurs d’eau
J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
tandis que passent les oiseaux
tout là haut,par longues bandes criardes
Dans les pêcheries on tire les filets
les pieds d’une femme baignent dans l’eau
J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
Les voûtes du Bazar sont fraîches,si fraîches
Mahmout Pacha est tout grouillant de monde
les cours sont pleines de pigeons
Des bruits de marteau montent des docks
dans le vent doux du printemps flottent des odeurs de sueur
J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
Un yali aux sombres embarcadères
dans sa tête,l’ivresse des plaisirs d’autrefois
Dans le ronflement des vents du sud apaisés
J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
Une beauté marche sur le trottoir
quolibets,chansons,ballades,moqueries
Quelque chose tombe de sa main
ce doit être une rose
J’écoute Istanbul,les yeux fermés

J’écoute Istanbul,les yeux fermés
Un oiseau bat les ailes autour de ta robe
je sais si ton front est tiède ou frais
si tes lèvres sont humides ou sèches,je sais
Une lune blanche se lève derrière les pins
je perçois tout des battements de ton cœur
J’écoute Istanbul

Le goût d’Istanbul,poèmes choisis et traduits du turc par M.E.Tataragasi et Gérard Pfister,Cahiers d’Arfuyen,n°59,1990 Le goût d’Istanbul Mercure de France 2007


1 commentaire

Catherine Dorochenko · 18 décembre 2018 à 22:09

Très beau. Je ne connaissais pas. Merci Michel.

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