Les tours génoises

     

Les tours génoises , tours côtières disposées le long du littoral des anciens territoires de la République de Gênes sont nombreuses en Corse et se trouvent également, dans une moindre mesure, sur les côtes de l’île d’Elbe, de l’île de Capraia…

aquarelle Michel Bois

La construction de ces tours génoises est la conséquence de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 ; les Barbaresques commencent à razzier les côtes et le feront pendant trois siècles.

La garnison d’une tour se constituait de deux à six hommes (les torregiani) recrutés parmi les habitants et payés sur les taxes locales. Ces gardiens devaient résider en permanence dans la tour. Ils ne pouvaient s’en éloigner que deux jours maximum, pour le ravitaillement et la paye, et un par un. Ils assuraient la vigie avec les feux et signaux réglementaires: ils montaient matin et soir sur la plate-forme, renseignaient navigateurs, bergers et laboureurs sur la sécurité, communiquaient par feux avec les tours les plus proches astucieusement positionnées à portée de vue, et surveillaient l’arrivée d’éventuels pirates. En cas d’alerte, le signal donné sur la terrasse au sommet de la tour, sous forme de fumée, de feu ou d’un son de culombu (grande conque marine), prévenait les environs de l’approche d’un navire hostile. S’ensuivait le repli général des bêtes et des gens vers l’intérieur. Les deux tours les plus proches s’allumaient alors et ainsi de suite, ce qui permettait de mettre tout le pays en alerte en quelques heures.

Les tours génoises sont des édifices en pierre de 12 à 17 m de haut sur 8 à 10 m de diamètre. Parfois carrées, le plus souvent circulaires, elles sont toujours construites sur quatre niveaux :

  • la réserve, au sous-sol de la tour ; une niche servait à ranger les vivres ; on y stockait également les munitions. L’eau y était conservée dans une citerne, alimentée depuis la terrasse par une conduite directe ;
  • la salle de repos, au premier étage ; elle était parfois séparée de la salle de garde par un simple plancher sommaire et formant avec elle un espace de vie unique ;
  • la salle de garde, au deuxième étage ; elle était percée de meurtrières pour permettre aux torregiani de guetter ;
  • la terrasse, au sommet de la tour, pour la surveillance ; percée de mâchicoulis ou munie de bretèches, elle était flanquée d’une guardiola.

On passait d’un niveau à l’autre par des trappes et des échelles. L’accès à la porte d’entrée se faisait par une longue échelle mobile, directement au premier étage. Les gardes habitaient à tour de rôle la pièce unique pourvue de niches et d’une cheminée, et située sous la salle de guet.

tours génoises en Corse

 

 Louis Villat (1878-1949),académicien:  « sans cesse les plages de Corse sont visitées par les corsaires barbaresques, qui pillent les campagnes et enlèvent des captifs. Les 85 tours, bâties sur le littoral par ordre du gouvernement de Gênes pour signaler aux populations l’approche des corsaires, ne suffisaient pas toujours à les préserver de leurs atteintes. Ces tours sont nombreuses. De la mer, en longeant les côtes, on les voit dans leur fauve isolement, sur les pointes les plus périlleuses. Elles accentuent encore la désolation des rocs, des arbustes qui semblent incrustés, des escarpements inaccessibles qu’elles commandent. Parfois, au contraire, elles se parent des charmes d’un promontoire harmonieux et d’une baie caressante. »

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