L’écriture étrusque et la momie de Zagreb

L’écriture étrusque et la momie de Zagreb

Première grande civilisation de l’Italie antique,où elle a occupé une place centrale tout au long du premier millénaire avant J.-C,la civilisation étrusque est une civilisation de l’écrit.C’est ce que confirme l’archéologie en montrant l’importance des pratiques de l’écriture dans le monde étrusque:plus de 12 000 inscriptions,en général courtes et fragmentaires ont été découvertes,soit bien plus que pour le latin des premiers siècles.

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Les inscriptions étrusques ont longtemps intrigué,par l’orientation de l’écriture et par la difficulté à comprendre la langue.Mais le travail patient des étruscologues ,depuis deux siècles a permis d’avancer dans l’interprétation de ces textes.

alphabet étrusque

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alphabet grec

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alphabet latin

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Un des manuscrits étrusques les plus célèbres est le Liber linteus Zagrabiensis, également appelé Momie de Zagreb ou Liber Agramensis .Il s’agit d’un « livre », manuscrit sur toile de lin, servant de bandelettes enveloppant une momie trouvée en Égypte et conservé au musée national de Zagreb, d’où son nom.

En 1848, Mihajlo Barić (1791-1859), un Croate travaillant à la Chancellerie royale de Hongrie, en voyage dans plusieurs pays, dont l’Égypte, acheta à Alexandrie un sarcophage contenant une momie de femme, comme souvenir de son périple.

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Barić la plaça dans un coin de la salle de séjour de sa maison de Vienne. Il dit souvent à ses visiteurs que c’était le corps de la sœur du roi Étienne I er de Hongrie. Il enleva les bandes de lin écrites pour les placer dans un tiroir à part, car il ne s’était pas aperçu de l’importance de ces lignes d’écriture. La momie resta dans sa maison jusqu’à sa mort en 1867, puis passa en la possession de son frère Ilija, prêtre en Slavonie, qui ne lui accorda aucune importance et la donna à l’Institut national de Croatie, Slavonie et Dalmatie de Zagreb, devenu Musée archéologique.

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Musée archéologique de Lattara Lattes(Hérault)

La momie fut alors examinée par l’égyptologue allemand Heinrich Brugsch, qui crut avoir affaire à des hiéroglyphes égyptiens. Ce n’est qu’en 1877, à la suite d’une conversation avec Richard Burton,officier ,archéologue et poète, qu’il s’aperçut que le texte n’était pas de l’égyptien. Il réalisa que le texte était important, mais crut à une translittération du Livre des morts en écriture arabe. En 1891, les bandelettes furent envoyées à Vienne, où elles furent examinées par Jacob Krall, un expert du copte, en pensant que le texte était du vieux copte, du libyen ou du syrien. Krall fut le premier à identifier le langage comme étant de l’étrusque : il établit que les bandelettes de lin constituaient un manuscrit écrit en étrusque.

On dépliait ou déroulait ce livre de lin pour lire le texte ,disposé en colonnes:un calendrier rituel,fait de prescriptions et de prières.Il est probable que le liber a appartenu à un prêtre étrusque qui a séjourné en Égypte,avant d’être jeté au rebut et découpé en bandelettes pour envelopper la momie:on ne doit sa conservation qu’à ce réemploi et au climat favorable du pays.

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