Le Prêteur et sa femme est un tableau du peintre flamand Quentin Metsys réalisé en 1514.

Les deux personnages du tableau sont assis de face, derrière une table recouverte d’un tapis vert. Le banquier, à gauche, vêtu d’un vêtement bleu à col et manches de fourrure, la tête coiffée d’un chaperon noir, compte des pièces d’or qu’il vient de peser au trébuchet. A droite, sa femme, vêtue d’une robe rouge bordée de fourrure grise, un chapeau violacé avec une coiffe blanche sur sa tête, se penche vers son mari et le regarde faire, tout en retournant les pages d’un missel richement enluminé.Sur la table, à gauche, un ciboire de cristal et d’orfèvrerie, un sachet de velours noir rempli de perles et un petit miroir circulaire dans lequel se reflète un homme, en buste, coiffé d’un chaperon rouge, lisant près d’une fenêtre, ouverte sur une vue de ville.
Au fond, contre la muraille, des rayons portant divers objets : papiers, livres, carafe, balance, une pomme contre un plat d’étain. A l’extrémité de la planche supérieure, à droite, un rouleau de papier sur lequel on lit : Quentin Matsys, Schilder, 1514.

Musée du Louvre

Il s’agit là d’un tableau à contenu allégorique et moralisateur (signes de vanité, symboles chrétiens tels que la balance du Jugement dernier, dénonciation de l’avarice et exaltation de l’honnêteté) bien plus que documentaire et descriptif (évocation d’une réalité professionnelle de l’époque ou de la dévotion du temps) d’autant que les costumes, curieusement archaïsants, semblent renvoyer à une époque plus ancienne.

Quentin Metsys est né à Louvain en 1466. Il quitte la ville pour s’établir à Anvers, capitale économique de l’Europe, où il est mentionné en 1491 comme maître et où il meurt en 1530. La ville connaît à cette époque une activité commerciale considérable et devient rapidement le principal lieu d’échange entre le Nord et le Sud. On y croise des marchands portugais et espagnols ainsi que les puissants banquiers italiens,ce qui fait de la ville le centre financier le plus important d’Europe. La conséquence de la présence d’une communauté internationale de marchands utilisant diverses monnaies est l’ouverture de nombreuses boutiques de changeurs et de prêteurs dans les lieux les plus fréquentés par les étrangers, comme Bruges et surtout Anvers. C’est dans l’un de ces lieux que se situe la célèbre composition de Metsys, qui a appartenu autrefois à Rubens.

À une époque où la monnaie fiduciaire n’est pas encore généralisée, et dans un contexte d’échanges internationaux, la valeur des pièces, et leur change, dépendaient de leur poids en métaux précieux, et au premier chef, en or. Ainsi, leur cours ne dépendait, ni de leur lieu d’émission, ni de l’époque à laquelle elles avaient été frappées. On remarque d’ailleurs sur l’étagère supérieure  dans l’angle droit du tableau ce qui pourrait être des lettres de change moyen de paiement qui apparait dès la Moyen–Age,activité qui distrait son épouse de la lecture d’un livre saint, où l’on reconnaît une représentation de la Vierge et l’Enfant. Dans le miroir placé au premier plan, procédé courant dans la peinture flamande et qui permet de créer un lien avec l’espace extérieur de la toile, se reflète un personnage devant une fenêtre. Sur la droite, une porte entrouverte laisse voir un jeune homme et un vieillard qui discutent.

La nature précise de l’opération représentée sur le tableau – qui a donné lieu aux hésitations sur son titre – reste ambiguë, et ne permet pas de trancher réellement en faveur de « prêteur » ou de « changeur ». Le miroir convexe désigne certes clairement le client placé devant la table, et dont le bras repose sur le bord de la fenêtre. Mais qu’attend-il précisément du prêteur ? Est-il venu échanger des valeurs (vase, perles, bagues) contre des espèces, que le prêteur lui pèserait une à une : celle sur le trébuchet, celle qu’il tient entre ses doigts et les deux posées sur la table, l’une sur l’autre, au plus près du client) ? Ou au contraire, dans une transaction et une mouvement inverses, le client viendrait-il changer ses pièces, qu’il aurait posées sur la table, et que le prêteur vérifierait une à une, avant de les joindre à son tas ? Toujours est-il que le centre d’intérêt du tableau, celui qui attire les regards des trois personnages, est l’or, faisant presque oublier qu’il ne s’agit là que d’un sixième de la surface de l’œuvre.

 

 

Catégories : Peinture

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