En visite au cimetière de Dolus d’Oléron mon attention est attirée par deux drapeaux flottant sur une tombe, américain et français. Cette pierre tombale recouvrait les corps de Randolph Thomas Lee 28 août 1898-28 août 1918 et Polly Georgette Lee 8 avril 1919-5 août 1922.

Le 6 avril 1917, les États-Unis ont officiellement déclaré la guerre à l’Allemagne.

La première des priorités chez les Alliés est de sécuriser le couloir Atlantique.

C’est pourquoi, le gouvernement français sollicite en mai 1917 la Marine des États-Unis afin d’augmenter en France les forces aériennes navales. Une base aéronavale est prévue pour protéger l’estuaire de La Gironde, car le ravitaillement en troupes et en matériel s’effectue par le port de Bordeaux et les attaques de sous marins ennemis sont de plus en plus fréquentes.

La Préfecture Maritime de Rochefort missionnée pour trouver un lieu d’implantation possible confie la mission, le 14 juillet 1917, au capitaine de frégate Stolz. Deux lieux adaptés sont retenus : La Fosse de Bris à Saint-Trojan-les-Bains et la plage de Bonne Anse à Royan.
Le 23 août 1917, un arrêté ministériel retient le terrain situé à proximité de la station de sauvetage de Saint-Trojan. Le projet prévoit la construction d’une route reliant le bourg aux Bris et l’implantation d’une base constituée d’une cale de mise à l’eau, de quatre hangars Bessonneau pouvant abriter de 16 à 24 hydravions, dont 12 armés, de divers baraquements et d’une voie ferrée étroite qui relie la zone technique aux cales.

A partir d’octobre 1917, un officier français, à la tête d’un corps de travailleurs coloniaux est chargé des premiers travaux.

Le premier détachement américain arrive le 9 novembre 1917. Le 21 novembre de la même année, une vedette d’aviation Despujols de 12 m, devant servir aux remorquages, y est affectée. Le 29 janvier 1918, un détachement de pilotes et de mécaniciens, tous engagés volontaires, commandés par le lieutenant Griffin, chef de la base, arrive à Saint-Trojan. D’avril à juin 1918, deux hangars, débarqués à Pauillac deux mois auparavant, sont montés par les 345 hommes que compte l’unité, ainsi que la première cale.

Le 22 juin 1918, les deux premiers hydravions Le Pen rallient Saint-Trojan depuis Le Croisic. Ces appareils de construction française, équipés d’un moteur Renault de 280 chevaux, emportent chacun deux bombes de 150 livres. Le 14 juillet 1918, la base de Saint-Trojan         devient officiellement Naval Air Station de Saint-Trojan.

Le 19 juillet 1918, jour du premier service opérationnel, 10 appareils sont affectés à la base. Avec la seconde cale est achevée en août, 8 appareils supplémentaires sont affectés, bientôt rejoints par de puissants Curtiss HS 1L équipés d’un moteur Liberty de 400 chevaux. Trois autres types de Curtiss seront utilisés à Saint-Trojan : le HS 2L, de plus grande envergure, le H 16 doté de deux moteurs Liberty, et le PS utilisé comme appareil de liaison. Tous ces appareils sont codés dans la série ST pour Saint-Trojan, suivi d’un numéro d’ordre. Une voie ferrée, en écartement 0,40 m est installée à travers tout le camp et dessert le ponton sur la Baie de Gatseau (des traces subsistent côté plage).

Dès août 1918, ces appareils patrouillent jusqu’à 20 milles au large dans un secteur délimité au nord par le phare des Baleines (Ile de Ré), et au sud par le phare de Cordouan dans l’estuaire de la Gironde. Dans le même temps, la base est frappée comme le reste du monde par la pandémie de grippe espagnole, 215 cas ont été recensés, et on compte entre août et septembre 5 décès, dont le soldat Thomas Randolph Lee.

Randolph Thomas est donc mort de la grippe espagnole le jour de son vingtième anniversaire loin des Etats-Unis et enterré à Dolus .Qui est Polly Georgette Lee née huit mois après le décès de Randolph Thomas et disparue à l’âge de trois ans ?
Impossible d’en savoir plus pour l’instant, mais quelqu’un n’a pas oublié puisque les drapeaux semblaient avoir été déposés récemment.

Après la mort de ce matelot, les patrouilles aériennes se succèderont, mais aucune attaque ne sera déclenchée faute de submersibles dans les parages. Pourtant, la base va connaître le 20 août 1918, un drame. Ce jour là, lors de la mise à l’eau du Curtiss ST 8, dont l’équipage est composé de l’enseigne de réserve Edmund Borton Barry et du matelot observateur Vath, les vibrations engendrées par le moteur, décrochent la bombe droite dont le détonateur avait été imprudemment assujetti. L’explosion détruit l’hydravion, l’extrémité de la cale et le Curtiss ST 6. Huit marins sont tués, dont les deux aviateurs et l’on compte 16 blessés graves, parmi lesquels l’officier français de liaison, l’enseigne de vaisseau Larchès de Lantier. Les obsèques ont lieu à Saint-Trojan, le 22 août 1918, en présence du préfet maritime de Rochefort, du commandant des patrouilles aériennes, de l’amiral américain et d’une foule d’insulaires.

En octobre 1918, la zone de patrouille est étendue à 40 milles des côtes, du phare des Baleines à Hourtin (Gironde). Douze hydravions Curtiss sont en service, dont sept en état de vol. Les quatre derniers Le Pen, frappés par leurs capacités moindres et la pénurie de pièces de rechanges demeurent malgré tout sur place jusqu’à l’Armistice.

Le 19 janvier 1919, la base toujours commandée par le lieutenant Griffin, comprenant 26 officiers et 343 hommes, sera désaffectée. Au bilan : 248 sorties (soit 328 heures de vol), 19 533 milles marins parcourus, pour aucune victoire…

Sources : site internet du P’tit train de Saint-Trojan-gare du Prévent

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Catégories : HistoireÎle d'Oléron

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