La marche sur Rome , marche paramilitaire menée par les faisceaux italiens de Benito Mussolini vers la capitale de l’Italie le , avait pour but en premier lieu d’impressionner le gouvernement libéral alors encore en place et de faire pression sur la classe politique.

L’Italie du début des années 1920 est un État en crise, écartelé entre les nationalistes qui exploitent, avec Gabriele D’Annunzio, le thème de la « victoire mutilée » (l’Italie, dans le camp des vainqueurs en 1918, n’avait pas obtenu les satisfactions territoriales qu’elle attendait), et les forces révolutionnaires qui, stimulées par l’exemple de la Révolution russe de 1917, ont menacé les institutions du pays en 1919-1920. Face à ces troubles, le mouvement fasciste de Mussolini se pose tout à la fois en promoteur d’une synthèse du nationalisme et du socialisme et en défenseur de l’ordre existant, transformant volontiers les fascistes en briseurs de grève. Au printemps de 1922, le mouvement mussolinien comptait 700 000 membres. Le 27 octobre, Mussolini organise une marche sur Rome des troupes fascistes,les chemises noires. Celles-ci auraient pu aisément être arrêtées par les troupes royales.

Rome,le Forum,aquarelle Michel Bois

Quelques 200 000 chemises noires atteindront la capitale.Nombreux sont ceux qui pensent que le fascisme peut être utile dans un premier temps et qu’il sera toujours possible de le neutraliser par la suite. Le roi Victor-Emmanuel III est de ceux-là en  faisant parvenir un télégramme à Mussolini pour l’appeler au gouvernement.C’est donc en train que le chef du Parti national fasciste (PNF) rejoindra la capitale en toute sécurité.

Chemises noires lors de la marche sur Rome 1922

Le contexte de crise dans l’Italie d’après-guerre (les tensions entre classes sociales, le sentiment d’une victoire mutilée, un État libéral affaibli) est l’un des facteurs de la montée du fascisme et de sa conquête du pouvoir avec la marche sur Rome, mais les fascistes ont su aussi s’assurer le soutien de mouvements d’anciens combattants comme celui des Arditi d’Italia . Même si cette marche n’est, initialement, qu’un instrument de pression illégal sur le gouvernement, elle assure à Mussolini un accès facilité au pouvoir politique : mais cette marche est surtout un tournant symbolique pour les faisceaux italiens puisque ce n’est pas directement par elle que Mussolini accède au pouvoir, mais ce sont les dirigeants du gouvernement en place qui le lui confient. Cette victoire politique des fascistes entraîne de fortes répercussions sur l’organisation de l’État italien avec l’instauration de la dictature fasciste dès 1922.

La marche sur Rome ne représente pas un tournant crucial pour le régime italien et pour l’évolution de la pensée politique de Mussolini, le régime fasciste n’étant véritablement instauré qu’après les années 1924 et 1925. Cet évènement a donc surtout un aspect symbolique dans la prise du pouvoir par les fascistes. C’est justement cette symbolique que le régime fasciste met alors en avant afin de conférer à la marche sur Rome une dimension mythique et même fondatrice de la dictature fasciste. La propagande fasciste s’empare donc rapidement de cet évènement et dès le premier anniversaire de la prise du pouvoir par les fascistes, le PNF décide de lui donner un statut de fête nationale. Ainsi en 1923 une nouvelle marche sur Rome est organisée, mise en scène de façon spectaculaire et beaucoup plus disciplinée, afin de raviver le souvenir de la marche originale tout en la glorifiant ; le but étant de la transformer en mythe consacrant et légitimant le régime fasciste.

C’est ainsi que Mussolini pourra imposer un régime dictatorial avec les lois fascistissimes (1926) ; les autres partis politiques sont interdits, leurs députés sont déchus, la presse est censurée, une police secrète, l’OVRA (Organisation de vigilance et répression de l’antifascisme), est instaurée, ainsi qu’un fichier de suspects politiques et un Tribunal spécial pour la sécurité de l’État,régime qui ne s’effondrera qu’en 1943.

Catégories : HistoireItalie

1 commentaire

Catherine Dorochenko · 25 mars 2018 à 09:45

Merci Michel pour cet article!

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