Né en 1946 à Paris, Gérard Garouste ,peintre, décorateur, scénographe, illustrateur, sculpteur et graveur, vit et travaille entre Paris et la Normandie. Il est l’une des figures majeures de la peinture française. Peintre et sculpteur, il est obsédé par les origines de notre culture, l’héritage des maîtres anciens et les mythes. Son histoire propre est à la base de son travail de “démontage des images et des mots”, de sa préoccupation pour les questions de l’origine, du temps et de la transmission. Ses toiles, faites d’associations d’idées, sont tour à tour inquiétantes et joyeuses, peuplées d’animaux parfois fantastiques et de différents personnages. Ses sources mêlent la Bible, la culture populaire et les grands textes de Cervantès à Rabelais.

La peinture de Gérard Garouste est une réflexion sur l’universel et l’intemporel, sur l’amour, la mort, la sagesse, la folie. Il se situe dans le prolongement de Piero della Francesca, du Greco ou de Vélasquez et son inspiration va s’abreuver aux sources de textes universels et fondateurs comme la Bible, La Divine Comédie, Pantagruel ou Don Quichotte,L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche(1605-1615).

Depuis plus de vingt ans, Garouste étudie l’hébreu et puise son inspiration dans le Talmud ou la Kabbale. Il n’est pas juif, mais porte la croix d’avoir eu un père antisémite.Gérard Garouste est en effet le fils d’Henri Auguste Garouste (1919-2008), antisémite et pétainiste convaincu, condamné le 25 juin 1945 à rembourser les établissements Lévitan qu’Henri Auguste Garouste avait spoliés en 1943, durant la guerre. Gérard Garouste voit dans cette terrible histoire familiale l’origine de ses troubles psychologiques.

Ainsi, rend-il hommage à ce marrane de Cervantès, juif converti dont le sous-texte de l’œuvre, L’Ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche, s’enfouissait profondément sous la chape de plomb que faisait peser l’Inquisition.

Roman le plus important de la littérature espagnole, Don Quichotte de Cervantès est un triomphe de l’imagination et de l’originalité, une quête du bien et de la lumière, un texte brillant où sagesse et folie se côtoient à travers les aventures chevaleresques de personnages hauts en couleur : Don Quichotte et son écuyer Sancho Pança.
Gentilhomme sans fortune, Don Quichotte a la passion des romans de chevalerie, à tel point que le malheureux ne parvient plus à faire la distinction entre la réalité et son imaginaire. Ainsi, croyant faire le bien et servir la justice, il sème le désordre partout où il passe, tout en défendant des idéaux de paix, de justice et d’amour. Au fil des pages, Don Quichotte devient l’archétype du justicier naïf et généreux par excellence.

Gérard Garouste le Livre Brûlé

Gérard Garouste: » J’y suis venu de manière un peu étrange. Depuis longtemps j’étudie l’hébreu pour des recherches bibliques. J’ai découvert les rapports entre l’Inquisition et Cervantès. Selon plusieurs spécialistes il était un marrane, un juif converti qui cache ses pratiques religieuses pour éviter le bûcher. Sa culture hébraïque transparaît à des milliers de détails. Ainsi, au début du livre, la bibliothèque de Don Quichotte est jetée au feu. Le livre brûlé exprime un thème essentiel de la culture hébraïque, celui de la connaissance qui est comme le secret: elle se transmet mais ne se donne pas. Le disciple est mis en condition de découvrir le secret. Cette approche du dogme, cette tension entre l’hérésie et le dogme est au centre du roman. De même que la relation entre folie et raison. Quand il est fou, Don Quichotte est en pleine santé, une douce folie le fait errer et avancer dans la vie. A la fin du roman, il retrouve la raison, son vrai nom; il est guéri. Il devient bon, il devient le bien et la vérité et il en meurt. Il meurt d’être en bonne santé! Ce thème me touche beaucoup: c’est la folie qui fait vivre et la raison qui tue. D’où Sancho qui supplie à la fin: «Mais, maître, redevenez fou, repartons sur les routes, délirons, la vie était belle quand vous étiez fou!»

 


2 commentaires

Catherine Dorochenko · 25 février 2018 à 08:59

Merci Michel! Je ne connaissais pas Gérard Garouste et je ne savais pas non plus que Cervantès pouvait être marrane.
Un article vraiment très intéressant!
Bises
Catherine

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