L’Art des armées navales,le traité du père Hoste 1697

     L’Art des armées navales

A la fin du XVIIème siècle, les galères sont remplacées par les grands vaisseaux à trois mâts.Le combat naval en est ainsi modifié.En effet,les galères étaient équipées d’un rostre placé à la proue qui imposait de se présenter de front pour perforer la galère adverse.Sur les vaisseaux,la disposition de l’artillerie dans les flancs des navires impose de se placer parallèlement à l’ennemi.

Ces navires doivent tenir compte de l’état de la mer,du vent,des courants et des hauts fonds auxquels s’ajoutent la situation des navires ennemis.

Le père jésuite Paul Hoste (1652-1700) a codifié les mouvements des navires à voile dans son traité l’Art des armées navales publié en 1697.

Né en 1652 à Pont-de-Veyle(Ain),jésuite,il acquiert des compétences en mathématiques.il occupe les fonctions de chapelain du Maréchal d’Estrées,maréchal de France dans la Marine Royale puis de Tourville,vice-amiral et maréchal de France.Il se familiarise ainsi avec les armées navales.Par la suite,il exercera jusqu’à sa mort en 1700 les fonctions de professeur au séminaire de Toulon.Dans son ouvrage le plus connu,l’Art des armées navales,il inventorie et décrit à l’aide de la géométrie ce que peut effectuer un navire au sein d’une escadre en fournissant aux marins les repères indispensables aux manœuvres.Il consacre une partie de son livre à la transmission des ordres nécessaires à l’évolution des vaisseaux.

Cet ouvrage traduit en anglais ,en suédois et en grec, restera jusqu’au milieu du XIX siècle en matière de tactique navale où apparaît la propulsion à vapeur et du cuirassement qui modifient les conditions de combat où le vent n’est plus l’élément déterminant.

L’œuvre du père Hoste sera prolongée car la transmission des ordres dans la marine à voile, c’est-à-dire aux différentes composantes d’une Armée Navale est un problème de première importance pour son commandant. Des manœuvres de plus en plus complexes et la présence de flottes de plus en plus nombreuses va imposer l’utilisation de système très élaborés de transmission des ordres.

Les premières méthodes de signalisation entre bâtiments à la mer consistent  de jour par des pavillons dont la forme, le motif ou l’emplacement, indiquent la référence à un ordre, dont le libellé exact est à rechercher dans un ouvrage imprimé et distribué au préalable par le commandant en chef à tous ses capitaines.La nuit, les signaux sont visuels ou sonores, effectués par l’intermédiaire de lanternes, de trompettes ou de coups de canons.

Différents codes se sont ainsi succédé selon les époques, les marines,les pays…

Le tableau de Joseph Mallord William Turner ,la Bataille de Trafalgar(1822-1824) donne une belle illustration  des messages transmis à l’aide de pavillons. La bataille de Trafalgar représente la célèbre bataille de 1805 durant laquelle, au large des côtes espagnoles, l’Anglais Nelson, dont le pays est en conflit avec la France de Napoléon, anéantit la flotte franco-espagnole.

Sur le grand mât du navire on peut  ainsi déchiffrer ,selon  le code de l’amiral sir Home Popham (1762-1820),le célèbre signal par pavillons de Nelson:

England expects that every man will do his duty

L’Angleterre a confiance dans le fait que chaque homme fera son devoir

Le Code de Popham comprend 3 000 signaux numériques correspondant à des mots,des expressions et même des phrases entières. Duty a été épelé car ce mot n’y figurait pas. Dessin Michel Bois

Les six pavillons peints par Turner correspondent aux trois dernières lettres du message:U T Y.

A noter que Turner a pris quelques libertés  avec la réalité car le célèbre signal par pavillons de Nelson, England expects that every man will do his duty, qui précède le combat,  sera remplacé par Engage the enemy more closely,engager l’ennemi de près, une fois la bataille commencée.

A voir aussi l’Hermione:

L’Hermione

Le massacre des Italiens à Aigues-Mortes 1893

      Le massacre des Italiens d’Aigues-Mortes correspond aux événements survenus les 16 et , à Aigues-Mortes (Gard), ayant conduit au massacre de travailleurs italiens de la Compagnie des Salins du Midi, par des villageois et des ouvriers français. Les estimations vont d’une dizaine de morts (officiellement 8) à 150 morts (selon la presse italienne de l’époque), ainsi que de nombreux blessés, victimes de lynchages, coups de bâton, noyade et coups de fusils.

Cet événement est aussi l’un des plus grands scandales judiciaires de l’époque, puisqu’un acquittement général fut prononcé.

aquarelle Michel Bois

La deuxième moitié du XIXe siècle, en France, est marquée par une forte progression de l’immigration, que ce soit les Belges dans le nord ou les Italiens dans le sud-est. Un réel sentiment nationaliste au sein de la population tend à naître avec entre autres l’apparition de ligues d’extrême droite dont la Ligue de la patrie française. Durant cette période, l’étranger commence à ne plus du tout être accepté par les populations car les immigrés sont considérés comme des voleurs de travail et des malfrats, comme en témoignent certains écrits.

L’apparition de surnoms à caractère péjoratif, comme « rital » pour les Italiens, montre bien encore l’évolution des mentalités. En corrélation avec cette montée de la méfiance et de la défiance envers les immigrés, des mesures sont mises en place par l’appareil étatique comme des quotas, ou l’obligation dès 1890 d’avoir une carte de séjour obligeant chaque étranger à se faire connaître auprès de la mairie du village où il réside, toujours dans une logique de rationalisation et de régulation de l’immigration.

C’est donc dans ce contexte qu’éclate l’affaire d’Aigues-Mortes, au moment où les tensions entre résidents et étrangers sont au plus haut.

La Compagnie des Salins du Midi lance à l’été 1893 le recrutement des ouvriers pour le battage et le levage du sel. L’embauche est en réduction en raison de la crise économique que connaît l’Europe alors que la perspective de trouver un emploi saisonnier a attiré, cette année-là, un plus grand nombre d’ouvriers. Ceux-ci se partagent en trois catégories surnommées :

  • les « Ardéchois », paysans, pas forcément originaire d’Ardèche, qui laissent leur terre le temps de la saison,
  • les « Piémontais » composés d’Italiens originaires de tout le Nord de l’Italie et recrutés sur place par des chefs d’équipe, les chefs de colle,
  • les « trimards » composés en partie de vagabonds.

En raison du recrutement opéré par la Compagnie des Salins du Midi, les chefs de colle sont contraints de composer des équipes comprenant des Français et des Italiens. Dès le début de la matinée du 16 août, une rixe éclate entre les deux communautés qui se transforme rapidement en lutte d’honneur.

Malgré l’intervention du juge de paix et des gendarmes, la situation va rapidement dégénérer. Certains trimards rejoignent Aigues-Mortes et y affirment que des Italiens ont tué des Aiguemortais, ce qui fait grossir leurs rangs de la population et des personnes qui n’ont pas réussi à se faire embaucher.

Un groupe d’Italiens est alors attaqué et doit se réfugier dans une boulangerie que les émeutiers veulent incendier. Le préfet Gustave Le Mallier fait appel à la troupe vers 4 heures du matin, elle n’arrive sur les lieux qu’à 18 heures, après le drame.

Dès le début de la matinée, la situation s’envenime, les émeutiers se rendent dans les salins de Peccais où se trouve le plus grand nombre d’Italiens que le capitaine des gendarmes Cabley essaie de protéger en promettant aux émeutiers de les chasser une fois raccompagnés à la gare d’Aigues-Mortes. C’est durant le trajet que les Italiens assaillis par les émeutiers sont massacrés par une foule que les gendarmes ne réussissent pas à contenir.

Selon les autorités françaises, il y eut officiellement 8 morts. On connaît l’identité de sept d’entre eux :

  • Carlo Tasso, d’Alessandrie,
  • Vittorio Caffaro, de Pignerol,
  • Bartolomeo Calori, de Turin,
  • Giuseppe Merlo, de Centallo,
  • Lorenzo Rolando, de Altare,
  • Paolo Zanetti, de Nese,
  • Giovanni Bonetto de Frassino(Cunéo)

On ne retrouva jamais le cadavre d’un neuvième Italien, Secondo Torchio. De même, à la suite de ces événements, 17 Italiens étaient trop gravement blessés pour pouvoir être évacués en train : l’un d’eux mourra du tétanos un mois plus tard.

Immigrati italiani massacrati in Francia

L’affaire devint un enjeu diplomatique et la presse étrangère (en particulier italienne) pris fait et cause pour les ouvriers Italiens. Des émeutes anti-françaises éclatent en Italie. Le 30 décembre 1893, les jurés de la Cour d’assises d’Angoulême, sujets aux préjugés xénophobes, prononcèrent l’acquittement général. Alors que la culpabilité des seize inculpés français a été clairement établie par la justice, le jury populaire a en effet cédé aux pressions nationalistes. Un règlement diplomatique sera trouvé et les parties sont indemnisées : les ouvriers italiens d’une part, l’État français de l’autre pour les émeutes devant le palais Farnèse (ambassade de France à Rome). Dans la commune d’Aigues-Mortes, le maire nationaliste Marius Terras dut démissionner.

Pour en savoir plus:

merci à Jean-Claude.

 

 

 

Le Samourai

Le Samourai

aquarelle Michel Bois

    Le terme  « samouraï » ou « samurai » renvoie à un individu, appartenant à la classe des guerriers, au service d’un seigneur auquel il a prêté allégeance.

L’avènement des samouraïs est le résultat d’une longue gestation de l’histoire japonaise (du VIIIème siècle au XVIIème siècle). Le temps des samouraïs fut d’une durée plus modeste (du début du XVIIème siècle à 1878).

Avant même la naissance de la classe des samouraïs existait celle des guerriers (bushi 武士). C’est cette dernière qui forma, avec sa prise du pouvoir, ses valeurs morales et sa culture militaire, le terreau nécessaire à la constitution de ce corps d’élite.

Les guerriers japonais ont été successivement désignés par les termes  « mono no fu » jusqu’au VIIème siècle avant que ne soit utilisé le terme de  « bushi » (武士) à partir du VIIIème siècle. Bien que, vers le VIIIème siècle, le terme de « bushi » regroupe l’ensemble des guerriers, ce terme évoluera par la suite (vers le XVIIème siècle)  pour ne désigner que les individus appartenant à une classe sociale supérieure (excluant ainsi les samouraïs). Le terme de samouraïs désigne alors (vers le XVIIème siècle) les guerriers au service du Shôgun , d’un daimyô ou d’un chef militaire.

Les Samourais ont très rapidement tiré parti de leur discipline et de leur force de frappe.Les maitres d’arme les pliant à un code d’honneur et de vertus irréprochable,les samourais ont imposés partout à travers le Japon la loi du sabre jusqu’à la fin du XIXème siècle.Les Empereurs ont fait appel à leur science du combat pour défendre le Japon où ils occupent aussi des fonctions administratives pour le suzerain.

 

« Rappelle-toi la devise du samouraï: L’honneur ou le déshonneur ne sont pas dans l’épée, mais dans la main qui    l’empoigne. « 

La tristesse du samourai – Victor del Arbol

A voir aussi Carnets du Japon sur ce site:

1ère partie

Carnets du Japon (1ère partie)

2ème partie

Carnets du Japon(2ème partie)

3ème partie

Carnets du Japon (3ème partie)

 

                                                                                                                           

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     Le Samuraï ,c’est aussi c’est aussi un film de Jean-Pierre Melville.Hiver 1966.Le scénario du « Samourai » en mains,Jean-Pierre Melville se rend à l’hôtel particulier d’Alain Delon,22 avenue de Messine,dans le huitième arrondissement de Paris.Cette histoire,il l’a écrite avec l’acteur en tête dès le début des années 1960.Melville avait remarqué son sourcil en forme orientale,japonaise.Et conclu que seul Delon pourrait prêter son visage à Jeff Costello,tueur blessé qui préfère mourir seul plutôt que se réfugier chez la femme qu’il aime et pourrait le sauver.Ce film,a décrété Melville, se fera avec Delon. Ou n’adviendra  pas.

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Sorti il y a plus de cinquante ans,le 25 octobre 1967,le Samouraï fixe toujours le mythe Delon.Mutique,coiffé d’un Borsalino,revêtu d’un imperméable en forme de parure qui semble avoir été sculpté,l’acteur devient une icône intemporelle,un individu éminemment tragique,qui se résume à ses gestes et à son regard.Le dernier symbole de l’honneur dans un monde de compromis,et qui, en se sacrifiant côtoie l’absolu.Un film hors norme,étranger à la France gaulliste de la fin des années 1960,et qui renvoie à une Amérique rêvée et japonisante.Le Samouraï fera d’ailleurs de Delon un dieu vivant au Japon,tout en devenant avec le temps un modèle pour le cinéma contemporain.(Le Monde 22 juillet 2017).