Le Caravage,Ernest Pignon-Ernest:David et Goliath

Le Caravage,David et Goliath

   Le Caravage, de son vrai nom Michelangelo Merisi, naît à Caravaggio en Lombardie en 1571. Très tôt orphelin de père, il grandit au sein d’une famille aisée.

Il entre en 1584 en apprentissage dans l’atelier du peintre Simone Peterzano à Milan qu’il quitte au bout de quelques années. C’est sans doute là qu’il acquière sa sensibilité pour le traitement réaliste, caractéristique de l’école lombarde de l’époque.

En 1592, il part pour Rome et rejoint l’atelier du peintre maniériste Cavalier d’Arpino où il est chargé de peindre des natures mortes de fleurs et de fruits, motifs qu’il utilisera toute sa vie et qui deviendront quasiment une marque de sa production artistique. Son style se révèle et son talent se fait vite remarquer. N’ayant pas les moyens de payer des personnes pour poser, il peint en se servant de lui-même comme modèle. Ses tableaux rompent déjà avec la tradition maniériste en proposant une lecture immédiate de l’image où le sujet, prit sur le vif, est figé dans l’instant comme s’il avait été “photographié“, concept visuel nouveau et inventé par le jeune artiste.

Dans ses scènes présentant des personnages mythologiques, religieux ou traditionnels il s’écarte également de la manière de la Renaissance en les représentant sous l’apparence de personnes “réelles“, telles qu’il les rencontre dans son quotidien : sans aucune idéalisation, souvent vêtues de façon contemporaine et suggérant des traits de caractère appartenant plus au modèle qu’au personnage représenté.
Ses personnages sont humains, dans leur apparence autant que dans leurs émotions : la joie, le courage, la volonté, la peur, la surprise, la violence, sont autant d’attributs dont le Caravage pare ses personnages et offre à la lecture du spectateur.

Tant de nouveautés ne lui confèrent pas un accueil favorable de la part de la majorité des adeptes de l’art mais il est néanmoins soutenu par un certain nombre, conscient du génie de l’artiste. Il reçoit alors de nombreuses commandes de la part de dignitaires religieux pour la décoration de leur chapelle.
A partir de 1600 environ il peint ses plus grands chefs-d’œuvre et commence à connaître la célébrité.

Néanmoins son caractère agressif et coléreux finit par jouer en sa défaveur. Caravage est un homme violent, il se bat régulièrement, séjourne quelquefois en prison, et va même jusqu’à tuer. Il aime s’habiller à la manière des riches, et même si ses vêtements sont déchirés cela ne fait qu’ajouter à son goût de l’exubérance et de la provocation.

Contraint de partir de Rome pour fuir des représailles à la suite d’un meurtre en 1606, il mène alors une vie d’errance. Il se réfugie à Naples où il continue à peindre pour des commanditaires privés.
Il part ensuite à Malte en  1608 où le Grand Maître de l’Ordre de Malte le fait Chevalier en hommage à son talent. Il en est vite renvoyé, en raison d’une altercation grave avec l’un des membres de l’Ordre. Il s’évade de prison et part pour la Sicile jusqu’en 1609. Il décide ensuite de revenir en Italie où le pape aurait abandonné les poursuites à son égard et lui aurait pardonné.
C’est sur le chemin du retour, en Toscane, qu’il trouve la mort à l’âge de 39 ans. En 2010, ses restes auraient été retrouvés dans l’ossuaire d’une église de Porto Ercole, et identifiés grâce à des analyses au carbone 14 avec une probabilité de 85 %. Atteint d’une intoxication chronique au plomb ainsi que de la syphilis, le peintre serait mort d’un état de faiblesse générale et d’un coup de chaleur. L’on ne sait pas s’il a succombé à une fièvre alors qu’il traversait des marais sur la route de Rome ou si d’anciennes connaissances ont su profiter de son retour pour se venger d’affronts passés.

 Parmi ses tableaux,David avec la tête de Goliath réalisé vers 1606-1607 exposé à la Galerie Borghèse à Rome, en Italie
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Le combat de David contre Goliath est un épisode de la Bible (Samuel 17, 1-58) et cité aussi dans le Coran (Sourate 2, verset 251) dans lequel David, fils de berger et encore adolescent, abat le héros des Philistins, le géant Goliath, d’un coup de fronde.Caravage peint ce tableau avec une émotion vive en se focalisant plus particulièrement sur la tête pendante, gorgée de sang, que tient David par les cheveux, le torse à moitié nu en pleine lumière, l’air triste.
 
 Il existe une première version sur ce thème datant de 1601.
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Attribué au Caravage,1599,Musée du Prado,Madrid

Le David biblique  jeune garçon (conformément à l’histoire de la Bible) attachant la tête du champion des Philistins, le géant Goliath, par les cheveux. La lumière illumine les jambes, les bras et le flanc de David, ainsi que les épaules massives et la tête de Goliath, alors que le reste de la scène est beaucoup plus sombre. Même le visage de David est dissimulé dans l’ombre. Une blessure sur le front de Goliath montre où il a été touché et abattu par la fronde de David. L’impression dominante est une scène éminemment personnelle et privée, et non une impression de triomphe ou de victoire.

À l’origine Caravage avait peint le visage de Goliath saisi dans la terreur, la bouche ouverte, les yeux hagards, la langue pendante, yeux roulant dans leurs orbites. Dans le tableau final, l’aspect mélodramatique est banni. Le drame est transféré de Goliath, la force de la nature, à David dont le visage est presque caché, l’attention du spectateur étant mise sur l’action de ses mains dans les cheveux de son ennemi, à genoux sur le torse de l’homme.

 Et  une version de 1600-1601 au Kunsthistorisches Museum de Vienne:
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Ernest Pignon-Ernest à Naples
     Ernest Pignon-Ernest est né à Nice en 1942. Il passe son enfance et son adolescence à Nice dans le quartier du port et de la place Garibaldi, à deux pas du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain. En 1988, l’artiste découvre une ville, Naples, lieu de rencontre de toutes les mythologies, religions, légendes… Pignon-Ernest est fasciné par le vieux Naples et c’est dans la peinture napolitaine du XVIIe siècle qu’il trouve l’argument de ses interventions sur les murs de la ville : le Caravage, Ribera, Stanzione ont sa préférence. Le dessin, accompagné de douze photographies couleurs des images en situation dans les rues de Naples, est l’une des études préparatoires les plus abouties réalisées à partir de la toile du Caravage David tuant Goliath réalisée un an avant la mort tragique du peintre en 1610, assassiné sur une plage de Gaeta, après avoir été défiguré par une dague lors d’une rixe dans une auberge de Naples. Goliath est en fait un autoportrait du Caravage. Pignon-Ernest a ajouté à la tête suppliciée de Goliath-Caravage celle d’un autre paria au destin tragique : Pier Paolo Pasolini, mort assassiné sur une plage d’Ostie. Détail troublant : Pasolini, dont Pignon-Ernest avait déjà dessiné la tête ceinte d’un bandeau à Certaldo en 1980, était fasciné par le David et Goliath du Caravage lorsqu’il allait le contempler à la villa Borghèse à Rome. Avec Caravage et Pasolini, deux figures emblématiques de l’exclusion, la démarche de Pignon-Ernest prend tout son sens. C’est sur les murs ocre-rouge d’une chapelle appartenant au palais Sansevero que Pignon-Ernest a réalisé à la pierre noire l’œuvre originale. Durant toute l’année 1988, Ernest Pignon-Ernest a ainsi dessiné à la pierre noire sur les murs du vieux Naples quantité d’images issues de tableaux de Caravage, privilégiant le thème de la mort, si présente dans cette ville en sursis. Il a parfois collé de nuit les dessins préparatoires sur l’ocre-rouge ou la lave noire des façades, et installé des centaines de sérigraphies. Travail gigantesque à la hauteur de cette cité mythique, poursuivi jusqu’en 1990.
(PACA,portail des musées Méditerranée-Languedoc-Roussillon)

 

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Ernest Pignon-Ernest ,Naples

A voir très belle exposition au MAMAC de Nice et église abbatiale de Saint Pons:Ernest Pignon-Ernest

http://www.mamac-nice.org/francais/exposition_tempo/musee/pignon/index.html

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