André Malraux,la guerre civile espagnole et les avions Potez 540

       

Quand la guerre civile éclate en Espagne, le 18 juillet 1936, Pierre Cot, ministre français de l’Air, et son chef de cabinet Jean Moulin se mettent en liaison avec André Malraux et lui demandent d’aller se renseigner sur place. Le 22 juillet 1936, Malraux s’envole sur un avion ministériel français à destination de Madrid. Revenu à Paris le 28, il projette d’aller se battre en Espagne, au service de ses idées progressistes.. Il recrute des pilotes, dans le cadre d’une organisation discrète par laquelle les ministères français vendent indirectement au gouvernement espagnol des avions destinés officiellement à l’armée de l’air française. Promettant des avions et des pilotes, Malraux est bien accueilli par les républicains espagnols, et le ministère espagnol de l’Aviation l’homologue au grade de lieutenant-colonel. Il monte de toutes pièces l’escadrille internationale España avec une vingtaine de Potez 540 et en prend le commandement comme colonel jusqu’en 1937.

Potez 540, aquarelle Michel Bois

Les Potez 540 effectuèrent leur premières missions au combat pendant la Guerre d’Espagne. Livrés en août 1936 aux Républicains , ils firent partie avec quelques Nieuport 52 chargés de l’escorte, du groupe baptisé Escuadra España (basé à Barcelone puis à partir d’août 1936, à Madrid). Conduits par des pilotes indépendants, ces machines furent symboliquement identifiées par les lettres E, S, P, A et Ñ A qu’André Malraux fit peindre sur les dérives. Les premières missions de cette escadrille furent spectaculaires face à une aviation ennemie encore mal organisée et équipée de vieux matériel, mais les Potez furent rapidement dominées par les nouveaux et modernes appareils allemands fournis aux Nationalistes. En octobre 1936, les Républicains recevaient encore six Potez 542 construits par CAMS (filiale de Potez), puis encore deux exemplaires (type 542) à la fin du même mois.

Durant son utilisation en Espagne, les Potez 540/542 se révélèrent faciles à piloter, stables et aptes à encaisser de nombreux coups, en particulier grâce à leurs réservoirs de type auto-obturant. Les postes avaient été conçus pour faciliter la communication entre les membres de l’équipage et la visibilité était satisfaisante. Aussi, le secteur de tir des armes était vaste et le train principal semi-rentrant protégeait les moteurs et la cellule en cas d’atterrissage sur le ventre. Cependant, le Potez avait des freins déficients, une vitesse maximale nettement insuffisante par rapport aux machines plus modernes et le moteur Lorraine-Dietrich du Potez 542 était peu fiable.

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Bien que Malraux ne pilote pas et tire mal, ses hommes prisent son courage et sont impressionnés par son savoir, même s’ils ne comprennent pas toujours ses propos. En revanche, les appréciations de ses supérieurs militaires dont on a connaissance ne lui sont pas favorables. Antonio Camacho Benitez, chef de l’aviation gouvernementale, écrit dans un rapport : « Après l’attitude et l’action de monsieur Malraux, il conviendrait de prendre trois mesures : le réduire à la discipline, l’expulser ou le fusiller ».

D’après les mémoires d’Ignacio Hidalgo de Cisneros, qui, à la fin de la guerre civile, était général en chef de l’aviation républicaine, Malraux se déconsidéra en prétendant s’ériger en chef d’escadrille sans comprendre qu’il aurait fallu pour cela être aviateur, surtout en temps de guerre ; à trois ou quatre exceptions près, les aviateurs de Malraux n’étaient pas des antifascistes mais de simples mercenaires, attirés par une solde très élevée ; Malraux, étant ignorant de l’aviation, s’en remettait à eux mais ils ne firent rien d’utile et, au contraire, créèrent des difficultés ; Hidalgo de Cisneros essaya à plusieurs reprises de les licencier, « mais le gouvernement s’y opposait, alléguant la mauvaise impression que produirait en France l’expulsion d’Espagne, pour inutilité et indélicatesse, des aviateurs qu’une fausse propagande avait convertis en héroïques défenseurs de la liberté ».

Il n’en demeure pas moins que cette expérience amènera Malraux,s’inspirant de ses combats en Espagne, à écrire le roman L’Espoir publié en décembre 1937 et à réaliser  le film Espoir, sierra de Teruel dont la sortie en salle sera interdite à la suite d’une demande faite à Édouard Daladier par Philippe Pétain, ambassadeur auprès de Franco.

 

Extraits de L’Espoir d’André Malraux

Entretien avec Georges Soria : Guerre et Révolution en Espagne,1936-1939 :

Georges Soria:Et l’Odyssée pélicane ( nom donné par Malraux à l’action de l’escadrille Espana ) ,en définitive,si vous en faites le bilan,qu’est-ce que cela fut?

André Malraux:Il fallait alors retarder à tout prix l’avance de Franco.avec les moyens du bord.Quant à la réalité,vous le savez comme moi,quand les avions russes ont été montés,nous n’avions plus grande importance…

…En Espagne, moi je n’ai jamais cru que nous allions faire des merveilles.Ma perspective était uniquement :nous sommes des hommes de bonne volonté,qui disposons de certains moyens techniques.Nous ne pourrons pas faire avec cela une aviation espagnole.Ce n’eut pas été sérieux.Mais nous pouvions ,en y mettant le prix,qui a été très lourd,nous pouvions retarder l’avance franquiste.Et là,je crois que nous l’avons réellement retardée,notamment lors du bombardement de la route de Medellin,et d’autres opérations secondaires,où se mêlèrent constamment efficacité et symbolisme.

 

 

 

2 thoughts on “André Malraux,la guerre civile espagnole et les avions Potez 540”

  1. Félicitations pour ce site éclectique et esthétique.
    Je me suis servi entre autres de cette rubrique pour un des thèmes de mon album « histoire illustrée du Port de Soller (Majorque) où je réside.
    Principe, Un tableau, un document, une photo,une aquarelle perso de commande suivi d’un commentaire.
    Je souhaiterais vous l’envoyer (62 thèmes, 120 Mo) via Dropbox.
    Cordialement

    Michel Waller à Soller / Majorque mwlgbs@orange.fr

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